Comme un moyen de se libérer
Pourquoi vouloir recréer un vêtement « corporel » alors que nous possédons déjà le nôtre ? Nos épaules, déjà lestées par les injonctions esthétiques, n’ont-elles pas assez à porter ? Mais, peut-être est-ce surtout là que réside l’intention des designers : offrir non certes un vêtement, mais également un nouveau corps, façonné pour mieux résister aux regards ou pour mieux correspondre à nos fantasmes contemporains ?
Depuis toujours, la mode modèle les corps autant qu’elle les pare. Crinolines et corsets, chaque époque a redessiné ses propres idéaux. Aujourd’hui, les corsets ont disparu, néanmoins les normes, elles, se sont diffusées partout. Sur Instagram, sur TikTok, dans les filtres qui lissent les peaux et étirent les jambes. Le corps parfait est devenu une sorte de projet de vie : mince, mais musclé, androgyne, mais sexy, athlétique, mais gracieux. Bref, un casse-tête impossible. Alors, face à ce modèle inaccessible, pourquoi ne pas s’inventer autrement ? C’est ce que proposent certains créateurs, en poussant à fond les limites du corps.
Déjà, dans les années 90, Jean-Paul Gaultier l’avait compris avec ses fameux seins en cônes pour Madonna : exagérer les formes, en faire des armes de revendication plutôt que des objets de contrôle. Aujourd’hui, Gareth Pugh efface les corps sous des armures futuristes. Issey Miyake les fait évoluer au rythme de ses plis mouvants. Rick Owens et Heliot Emil, eux, les enferment dans des doudounes démesurées, comme des boucliers contre le monde extérieur. Devant ces contraintes, la métamorphose du corps devient une nouvelle forme d’expression.