BLAZÉ.E.S

Tutu, patins et couture.

En piste ! Les maisons de mode évoquent bien plus la danse et le patinage artistique que vous ne l’imaginez.
La mode a toujours avancé au rythme de la danse. Deux univers vraisemblablement distincts qui, pourtant, se nourrissent mutuellement à travers le mouvement ainsi que les expressions corporelles. Ce lien, qui se tisse depuis des décennies, remonte au XXᵉ siècle, notamment à travers les Ballets Russes fondés par Serge de Diaghilev. Sa troupe de danse fut l’une des toutes premières à collaborer avec des créateurs prestigieux tels que Paul Poiret ou encore Coco Chanel, son amie de toujours. D’ailleurs, pour cette dernière, la danse incarnait l’expression ultime de l’élégance et de la liberté de mouvement, deux valeurs qui définissent sa maison. En 1924, Coco Chanel imagine même les costumes du ballet Le Train Bleu et pratique cette discipline durant son temps libre. Une fascination qui demeurera, au fil des décennies, une source d’inspiration majeure pour la maison et ses successeurs.
En Italie, quelques décennies plus tard, Salvatore Ferragamo séduit à son tour les danseurs de tous horizons. Dans le milieu du siècle dernier, le designer italien avait d’abord imaginé des paires de chaussures pour Katherine Dunham, anthropologue et fondatrice d’un style de danse afro-américaine, appelé la « Technique Dunham ». Plus tard, dans les années 1980, le danseur étoile russe Rudolf Noureev adoptait lui aussi les ballerines Ferragamo, réalisées rien que pour lui. Aujourd’hui, le Britannique Maximilian Davis, actuellement directeur artistique de la griffe italienne, perpétue cet héritage en insufflant aux collections une esthétique inspirée du ballet classique. Cache-cœurs nude, bodies pastel extensibles, jupes aux volumes boule ou encore ballerines en satin lacées à la cheville… le vocabulaire visuel de la danse avait largement irrigué la collection printemps-été 2025 de Ferragamo, apportant ainsi un nouveau vent de fraîcheur à la tendance balletcore.
L’art cristallisant du prêt-à-glisser 
Les designers de mode viennent également repenser le côté glamour du patinage artistique. Cette discipline a longtemps inspiré l’industrie, au point qu’une pièce de notre dressing porte son nom, la jupe patineuse. Mais c’est surtout la Haute Couture qui domine les patinoires olympiques aux côtés des plus grandes championnes de patinage artistique, à commencer par la Française Surya Bonaly. Célèbre pour avoir réalisé un backflip sur une seule lame lors des Jeux d’hiver de Nagano en 1998, cette dernière avait fait appel aux mains de maîtres de Christian Lacroix pour la conception de ses tenues de compétition en 1992. Les créations du couturier français étaient pensées pour le mouvement tout en conservant des tonalités baroques, des détails dramatiques ainsi qu’une présence visuelle forte. Si le patinage artistique demeure un sport où les femmes sont souvent habillées pour se fondre dans l’élégance, le talent de Christian Lacroix, lui, permettait à Bonaly d’occuper un espace visuel très assumé.
Au même moment, la styliste américaine Vera Wang commence à définir, aux côtés de Nancy Kerrigan, ce que sa version de la couture sur glace pouvait être. Blanc immaculé et silhouettes épurées, elle fait référence au Cygne Blanc du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Michelle Kwan, elle, inspire à Vera Wang une tout autre direction. Exit l’éclat et l’ornement, place aux lignes fluides, aux palettes atténuées et au mouvement comme unique langage. 
Enfin, à l’occasion des derniers Jeux Olympiques d’hiver à Milan, la maison de Haute Couture, Oscar de la Renta, habille pour la première fois une patineuse : Deanna Stellato-Dudek. Pour son programme long, elle fait le choix audacieux d’arborer une robe rouge asymétrique, brodée à la main de plus de 200 000 perles de verre, rehaussée d’une rose au cou. Deux jours plus tôt, pour son programme court, c’est dans une robe champagne, tout aussi signée Oscar de la Renta, que la patineuse canadienne avait pris possession de la glace aux côtés de son partenaire Maxime Deschamp.
Et sur le runway ?
Une pléthore de créateurs de mode s’inspire du mouvement dansé et contribue à l’élaboration d’une nouvelle chorégraphie vestimentaire. À l’instar de Simone Rocha, la créatrice danoise Cecilie Bahnsen jette inlassablement son regard sur l’univers de la danse, et en fait même un élément fondamental dans ses créations sculpturales et oniriques. Les jambières de ballerines sont réinterprétées par Kiko Kostadinov et Paloma Wool. Les sœurs Kim d’OPEN YY, quant à elles, ont imaginé des tricots boléro ainsi que des pantalons cargo-roulés qui sont inspirés des danseurs qui plient la bande élastique de leurs pantalons pendant les répétitions. 
Rick Owens, lui, a récemment collaboré avec le groupe parisien Maison Enclave en confectionnant les costumes de leur œuvre inaugurale intitulée GENESIS. Ces vêtements de scène avant-gardistes ont été créés afin de transformer le corps en sculpture et l’architecture en mouvement. Le succès de la danse classique ne semble jamais s’essouffler, mais des pratiques plus folkloriques, telles que le Butô japonais, séduisent également les designers. Apparu dans les années 1950 et souvent qualifié de «danse de la mort» ou de «danse des ténèbres», le Butô inspirera notamment l’Italien Riccardo Tisci, pour sa collection haute couture printemps-été 2011 pour Givenchy. 
Enfin, pour Petra Fagerström, le monde de la glisse n’a plus aucun secret : « porter une jolie robe, le maquillage et les cheveux – c’était une grande partie de la raison pour laquelle j’aimais le patinage artistique », avait-elle témoigné à AnOther Magazine après la présentation de son show automne-hiver 2026. Avec After Everything I Did for You, on retrouve des robes Swarovski scintillantes, portées avec des parkas ainsi que des couches de polaires douces, faisant directement référence à la façon dont s’habillent les patineuses à l’entraînement. Des plumes blanches et des fourrures brunes ornent vestes et robes, les pantalons prennent des formes évasées qui évoquent le prolongement du patron sur le patin. Enfin, les layerings se multiplient en veux-tu en voilà, comme autant d’invitations à ne plus jamais poser les pieds à plat.
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By ClemBodeau2023