PORTRAIT

Thomas Roussel : ses mélodies au rythme de la mode.

Véritable référence de la musique techno-symphonique, Thomas Roussel fait l’unanimité auprès des acteurs culturels et des maisons de mode. Retour sur le parcours prodigieux du compositeur français.
Il y a de ceux dont la musique s’impose comme une évidence. Enfant de Dijon et fils d’un musicien, Thomas Roussel a grandi dans un environnement où la musique était déjà une langue maternelle. Il est un de ces artistes pluriels dont le talent indéniable demeure mémorable. Rien d’étonnant lorsque l’on s’illustre comme le pionnier du style techno-symphonique ! Dès son plus jeune âge, il s’est plongé dans le bain de la musique classique en jouant du violon, du piano puis de l’orgue d’église au conservatoire. Mais c’est devant une partition vierge qu’il se sent vraiment chez lui. « Les classes qui m’ont le plus ouvert les oreilles, la tête et le cœur sont celles de composition et d’orchestration. » confie-t-il au média Ad-scite il y a quelques années. Pendant plus de 20 ans, cette passion rhapsodique lui a permis de côtoyer le milieu du cinéma en composant les mélodies du film Eyjafjallajökull d’Alexandre Coffre en 2013 ou encore de La Pièce Manquante de Nicolas Birkenstock l’année suivante.
L’artiste français a également travaillé avec des ensembles emblématiques tels que l’Orchestre symphonique de Londres avec l’Abbey Roads Studios et même l’Orchestre Philharmonique de Radio France. À l’âge de 47 ans, Thomas Roussel appartient au cercle prestigieux des musiciens qui créent sans limites et cela va de soi avec la sortie de son premier album vraiment personnel intitulé Prequell (2017). Explosif, harmonique et résolument hybride… Dans ce projet ambitieux, né sans contrainte ni commande, le compositeur se retrouve ainsi seul, face à sa musique. Récemment, le musicien a déployé ses talents dans le domaine sportif lors de la dernière cérémonie de passation entre Milan-Cortina et les Alpes 2030 aux Jeux Olympiques d’hiver. En ré-orchestrant La Marseillaise aux côtés de la mezzo-soprano Marine Chagnon, Thomas Roussel parvient à rendre les derniers instants des Jeux inoubliables. Un dernier accord, offert à tout un pays.
De Karl Lagerfeld à Vogue World Paris 
Impossible de mentionner Thomas Roussel sans évoquer SomethingALaMode, le duo électro qu’il formait avec Yannick Grandjean. Le nom était choisi de manière plutôt ironique « parce que justement, (ils pensaient) qu’(ils étaient) pas du tout à la mode », avait-il affirmé dans le podcast TheBoldWay. Néanmoins, cela ne les empêchera pas de charmer l’industrie. Leur musique se propageait d’iPod en iPod, atteignant ainsi les oreilles de la maison Chanel, qui les convia à se produire en live lors de son défilé à Venise en 2009. Quelques jours plus tard, ils réalisèrent ce qui pouvait être considéré comme l’une des collaborations les plus audacieuses de l’époque, à savoir un featuring avec l’illustre couturier Karl Lagerfeld. Conquis par Rondo Parisiano, ce dernier posa sa voix sur le morceau pour y livrer l’une de ses citations les plus marquantes : « La mode et la musique, c’est identique. On peut créer sa petite musique de chambre soi-même, et c’est pour ça que je trouve que mode et musique (…) ce sont des choses qui vont très bien ensemble ». 
Dès lors, Thomas Roussel commença à véritablement œuvrer pour la mode aux côtés de Michel Gaubert, directeur musical des défilés. Dior, Kenzo, Akris, Issey Miyake, Michael Kors, Valentino… de nombreuses maisons firent appel à ses talents pour transmettre des émotions puissantes, en live, à la tête d’orchestres. Car Thomas Roussel occupe une niche rare, peu d’artistes savent lier la musique vivante à l’univers de la mode, ce qui en fait un collaborateur régulièrement sollicité par les plus grandes marques. Si son nom ne vous dit toujours rien, son travail, lui, vous est probablement familier. Effectivement, il est à l’origine du remix symphonique d’Around the World des Daft Punk ainsi que de la musique Fly aux côtés de la chanteuse française Aya Nakamura, présenté lors du défilé Vogue World 2024 à Paris. Un arrangement électrisant dont il est encore difficile de se défaire de la mémoire. 
Le coup de grâce chez Louis Vuitton 
Les défilés antérieurs n’étaient peut-être qu’un avant-goût. Tout s’accélère en 2023 quand Pharrell Williams intègre la direction artistique des collections masculines chez Louis Vuitton. Pour son baptême du feu, le designer américain voit les choses en grand : le Pont-Neuf comme écrin et Thomas Roussel comme architecte sonore. « J’étais la personne qui devait musicalement faire fonctionner cette énorme performance et recruter les bons musiciens, les bons ingénieurs du son, les techniciens… » déclarera le chef d’orchestre à Vanity Fair au lendemain du défilé. 
La mission, en un mot ? Que la magie opère… Ainsi, elle a opéré. Les voix du collectif Voices of Fire se sont élevées au-dessus de la Seine comme une évidence. Les notes de piano du musicien chinois Lang Lang ont flotté dans l’air du soir, se glissant entre les looks du défilé ainsi que les regards. Dans le front row, la célèbre pop star américaine Rihanna et son partenaire A$AP Rocky ne cherchaient même plus à garder contenance. Ils étaient emportés. Comme tout le monde.
Depuis ce premier show, un lien inexpliqué s’est noué entre ces deux génies de la musique que rien ne semble vouloir défaire. Désormais, chaque défilé de la maison Louis Vuitton parvient à générer un engouement au sein de l’industrie de la mode. Le Salon de l’UNESCO pour la collection printemps-été 2025, le Centre Pompidou pour le printemps-été 2026… Et, jusqu’aux criques de Majorque, où Thomas Roussel posa ses valises pour sublimer le défilé de la Haute Joaillerie. Si vous entendez un piano, des violons, des percussions résonner sur un podium Louis Vuitton, c’est lui. Et tout indique que cela durera encore très longtemps.
© Vanity Fair
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By ClemBodeau2023