Miroir, mon beau miroir, quelle est la prochaine tendance ?
Dans l’ombre, ce sont les mécanismes algorithmiques qui orientent aujourd’hui la consommation de la mode. Sur TikTok, Instagram ou Youtube, les tendances émergent selon des logiques de recommandation qui reposent sur des données d’engagement : partages, likes, commentaires et durée de visionnage. Ce qui faisait autrefois la singularité des tendances est désormais soumis à une logique de performance chiffrée. La viralité n’est donc plus une conséquence du succès, mais elle en est devenue la condition.
Si les designers cherchaient autrefois à créer pour défendre une cause ou concevoir une pièce intemporelle, ceux d’aujourd’hui semblent parfaitement intégrer les règles du jeu imposées par l’algorithme. Les collections ne sont plus seulement pensées pour les podiums, mais pour capter l’attention sur un écran. Jonathan Anderson anciennement chez Loewe, Glenn Martens pour Diesel (et Maison Margiela) ou encore Demna (précédemment chez Balenciaga puis chez Gucci) façonnent des silhouettes immédiatement reconnaissables, quitte à ce qu’elles soient plus spectaculaires que réellement portables.
On se souvient de la robe-spray de Coperni, vaporisée en direct sur Bella Hadid, des top cabas XXL en satin signés Loewe, agrémentés d’aiguilles de couture disproportionnées, ou encore du défilé Coperni privatisant Disneyland Paris, convoquant notre âme d’enfant. Jacquemus investissant le Château de Versailles, Vetements transformant un McDonald’s en catwalk… De quoi déguster ses frites en guise de pop-corn face au show. Et pour maximiser l’impact des défilés, les marques misent aussi sur le star power. Ronaldinho chez KidSuper, Doechii pour DSquared2, ou encore l’omniprésence des égéries du moment, comme Margot Robbie pour Chanel ou Bad Bunny chez Calvin Klein… Viralité garantie ! En bref, peu importe le vêtement, tant que l’image circule.
Un code qui peut perdre le fil …
Loin d’être une simple évolution technologique, l’algorithme pourrait aboutir à une standardisation des tendances, où l’innovation céderait sa place à l’optimisation de son impact sur les réseaux. Prenons l’exemple des baskets Bekett d’Isabel Marant. Il suffit qu’une influenceuse les stylise aisément pour que sa vidéo atteigne des millions de vues. Très vite, l’objet du désir se transforme en phénomène de masse : chacun ressent le besoin de posséder cette paire, persuadé que tout le monde la porte déjà. Plus il nous expose à une tendance, plus il accélère son essoufflement. Ce qui semblait à la mode hier devient saturé aujourd’hui, précipitant peu à peu sa disparition. Combien de tendances frappantes avons-nous vues apparaître et disparaître en l’espace de quelques semaines ? Le motif léopard, le Balletcore, la jupe par-dessus le pantalon, les tabis… Autant d’esthétiques qui surgissent avec force avant d’être éclipsées par la suivante, sans même avoir eu le temps d’être véritablement adoptées.
Loin du bruit des tendances éphémères, certaines maisons cultivent une approche plus discrète et réfléchie de la mode. Lemaire, par exemple, privilégie un vestiaire conçu pour durer, où la qualité des matières et la fonctionnalité des pièces priment sur l’effet de surprise. Ici, pas de collections pensées pour l’écran ni de silhouettes exagérément spectaculaires, mais une élégance sobre et intemporelle. Cette vision se traduit aussi dans le choix des mannequins sur Instagram : loin des visages ultra-médiatisés, la marque mise sur des personnalités plus confidentielles. En ce qui concerne The Row, la marque londonienne adopte une posture tout aussi singulière. Son compte Instagram, loin des campagnes publicitaires classiques, fonctionne comme un moodboard visuel, mêlant références architecturales, archives et inspirations artistiques. Plutôt que de saturer les réseaux de contenus promotionnels, la maison mise sur la rareté, cultivant un mystère qui renforce son prestige.